
ZAT/ZAP et Reality Hacking
Il existait autrefois des îles que seuls les pirates connaissaient. C'était des
endroits étranges... Il s'y passait des choses...
Hakim Bey est l'auteur d'un essai intitulé "ZAT" (ou TAZ en anglais) dans
lequel il expose les différents points relatifs aux Zones d'Autonomie Temporaires, des
enclaves libres qui sont le contrepoids des régimes religio-étatiques d'antan et des
systèmes éconopolitiques d'aujourd'hui.
Bien sûr, autour des ZAT à proprement dites, gravitent bon nombre de valeurs
préliminaires, en voici quelques exemples :
"La famille nucléaire n'est pas l'unité de base de la ZAT, elle a été une
réponse à la pénurie et à la hiérarchie imposées par la révolution agraire. En
revanche, la bande n'appartient pas à une hiérarchie plus grande, mais fait plutôt
partie d'une stucture horizontale de coutumes, de famille élargie, d'alliances et de
contrats, d'affinités spirituelles etc... (la société amerindienne en a préservé
quelques aspects)".
- Le refus du travail pour entamer la subversion, plutôt que les taditionnelles
tactiques de la gauche, comme la grève générale.
- Le refus de l'église, la spiritualité des esprits libres, les moralités privées.
- La ZAT n'est pas un présage d'une quelconque utopie sociale toujours à venir, à
laquelle nous devons sacrifier nos vies pour que les enfants de nos enfants puissent
respirer un brin d'air libre.
- La ZAT doit être la scène de notre autonomie présente, mais elle ne peut exister
qu'à condition que nous nous reconnaissions déjà comme des êtres libres.
H.B décrit les multiples formes (non exhaustives, évidemment) que peuvent prendre les
ZAT. Les plus modernes, et vraissemblablement les plus insaisissables, sont les contre-net
du Web, peuplés par les hackers et autres cyberpunks. Le statut des contre-net est
ambigü, ils représentent une ZAT dans le sens où la liberté de pensée et d'expression
est totale (pour l'instant du moins). Ces pirates modernes bénéficient enfin d'un média
planétaire de subversion, chose interdite dans une zone d'asservissement mental (tout
système pyramidal). Leur action n'est pas totalement dirigée vers un bien-être
matériel et spirituel, mais plutôt vers un parasitage du net.
Certains cyberpunks émettent l'hypothèse que le déclin des systèmes éconopolitiques
mènera à l'expérimentation de vies alternatives : enclaves indépendantes, enclaves
socio-démocrates vertes, enclaves zéro-travail, zones libertaires libérées...
D'autres ZAT, plus tangibles, sont par exemple, les festivals. Lors de ces périodes
intenses, et à l'abri des regards, la communication horizontale non hiérarchique est à
la source de toute convivialité. L'humanité de chacun peut s'exprimer en toute liberté.
L'idéal étant, et c'est le cas la plupart du temps, de quitter l'endroit sans laisser de
traces...
voire de ne pas le quitter du tout...
Un phénomène de périodicité s'est manifesté autour des festivals (Festival
Libertaire de Dijon, Glastonburry), ce sont donc ce que l'on peut appeler des zones
d'autonomie périodiques. Mais selon Hackim Bey, "il est possible que les êtres
humains n'en puissent plus : peut être 18 mois voire deux ans à faire la fête non stop
sont le maximum pour quiconque."
Le potlatch semble être le meilleur exemple de ZAT. Le potlatch est un banquet
regroupant un nombre variable de participants et ou le fil directeur est : "être
présent, pour offrir des présents", suivant différentes modalités, thèmes,
prestations scéniques, cadeaux uniques ou multiples... le principe étant de faire la
fête, dans un soucis d'égalité, de gratuité, de convivialité, et de mémorabilité.
Le potlatch est vieux comme le monde, c'est pourquoi les différents types de ZAT sont
plus naturels que n'importe quelle relation hierarchique, basée sur des codes complexes
et malsains. La liberté, le respect et la justesse y sont de tous les instants pour le
plaisir de tous... ce qui n'est jamais le cas dans tous les genres de rapports
qu'entretiennent actuellement des populations entières qui suivent de force des codes
sociaux imposés par les différentes sortes de dictatures rencontrées dans n'importe
quel pays. Le potlatch est la soupape qui permet à chacun d'être humain avec d'autres
humains, naturellement, sans risque de heurts. Le potlatch est la preuve que les hommes
sont sensés et respectueux de leur condition d'humain.
Les vacances et les loisirs peuvent aussi être un bon exemple de ZAT, en ce sens où
l'on remet en question la finalité de la rentrée. Il s'agit alors d'une ZAT ou chacun
gère son mode de vie sans aucune soumission au travail, mais plutôt en adoptant les us
qui permettent d'exprimer sa propre humanité avec une plus grande liberté.
Mais de véritables espoirs de Zones d'Autonomie Permanentes (ou PAZ* en anglais) sont
lancés au travers, par exemple, des occupations de logements. Celles-ci s'effectuent dans
des lieux précis et pour une durée indéterminée. Les auteurs de ce type d'actions,
sont des reality hackers qui expérimentent des vies alternatives.
En réalité, de nombreuses ZAT ont existé et existent à l'heure actuelle,
manifestant le désir de perdurer. Le concept de ZAT dévellopé par Hakim Bey est une
arme de la révolution, une sorte de havre de paix, dans un monde de tourmente. Un lieu
réel ou virtuel, dans lequel le chaos se revèle positif, naturellement. Une foule
d'expériences alternatives tentent désormais de se dévelloper, (et de remplacer le
néolibéralisme), de manière horizontale, pour et par tous, éradiquant ainsi le
phénomène d'exclusion. H.B prétend d'ailleurs que : "si durant les cinquantes
dernières années, les libertaires avaient passé leur temps à organiser des réseaux
économiques alternatifs, pour utiliser l'émergence des ZAT et les diriger vers des ZAP,
au lieu de jouer futilement au troisième parti politique, ce qui est une positon vouée
à l'échec dès le départ, cela ferait déjà un moment que nous serions clairement sur
la voie du changement révolutionnaire dans cette société".
Il explique aussi le concept de poésie terroriste, qui consiste, par la non-violence, à
opérer des chocs psycologiques aussi puissant que le terrorisme violent, pour accélérer
la prise de conscience populaire.
Le réseau doit s'apparenter au mycélium (qui peut mesurer des kilomètres), dont le
champignon est le fleurissement, la ZAT. (concept volontairement repris du rite
chamanique, cf ftp 4). Une dernière ZAT sur le chemin du fleurissement perpétuel, de la
PAZ : les Sels (systèmes d'échanges locaux), qui sont à l'argent ce que les squatts
sont au logement, et qui nous crient :
PRÉFÉRONS LE CHAOS AUX EFFROYABLES SERVITUDES,
CONSTRUISONS LA PAZ,
CRÉONS LE RÉSEAU,
FAISONS LA REVOLUTION.
*le mot PAZ signifie paix en espagnol.
Anti-© FTP 1997