PAS BESOIN D'ANPE POUR
TROUVER UNE OCCUPATION
MOUVEMENT DES CHÔMEURS 97/98
A partir de Novembre 1997, sur l'ensemble de la France, les chômeurEs et précaires se
mobilisèrent pour protester contre leur statut avilissant, mais surtout pour contribuer
à améliorer les conditions de vie individuelles et collectives. Au départ
"guidés" par les syndicats et groupes réformistes du genre CGT, AC!, SUD,
APEIS, DAL, LCR, VDT, les chômeurs et précaires finirent par s'auto-organiser et par
s'auto-gérer, souvent avec le soutien actif de groupes ou individuEs libertaires. En
effet, ce sont les assemblées générales souveraines et la démocratie directe qui
finirent par supplanter les traditionnels "une orga, une voix". Le mouvement des
chômeurEs a prouvé que les précaires étaient spontanément capables et prêts à
s'organiser en dehors des structures déjà existantes. Que leurs revendications pouvaient
parfois aboutir (transports gratuits dans la région PACA, Maison des Ensembles à
Mulhouse, etc.). Et que sur le long terme, ils demeuraient actifs et vigilants,
participant activement à la diffusion et à l'application de concepts socialement
subversifs à l'aube du 3ème millénaire : solidarité, partage, joie de vivre, remise en
cause radicale du travail et du profit en général...
Narguant et défiant les autorités durant plusieurs mois, les chômeurs et précaires
ont massivement pratiqué l'action directe sous ses formes les plus variées, et surtout
avec beaucoup d'originalité :
· réquisition des moyens de transports : métro, train, et bus utilisés gratuitement
· action sur l'énergie : occupations des locaux EDF/GDF, Vivendi.
· manifs : allant des habituelles "traîne-savattes" aux joyeux happenings.
· libre service en grandes surfaces (ou auto-réduction) : en clair pillage de magasins ou "cash-converters". Mais a plusieurs reprises, des orgas comme AC! ont négocié au préalable le "libre-service" avec les directeurs des hypermarchés (Leclerc, Carrefour...). Les membres d'AC! avait donc le droit de "dévaliser" les rayons pour une somme allant de 2 à 3000 frs.
· occupations de locaux publics et privés : antennes de la Bourse, CCI, CNPF (désormais nommé MEDEF), DDTE, OPAC, ANPE, ASSEDIC, CAF, CCAS, RATP, CGFTE, partis politiques (PS notamment)
· occupations de locaux vides : pour installer des maisons des ensembles, de la
solidarité, des chômeurEs, des bourses du travail... ou pour se loger.
Pourquoi et comment se déroulent les occupations
Les occupations de lieux publics ou privés, (mouvements des sans-papierEs et des
chômeurEs) s'avèrent très efficaces pour plusieurs raisons. Loccupation du lieu
de travail par les grévistes (étudiantEs ou travailleurEs) peut avoir pour objectif
final lautogestion de la fac ou de lusine (comme ce fut le cas chez Lip). Mais
une occupation temporaire c'est aussi un camouflet pour la machine étatique qui se trouve
alors face à plusieurs solutions : décrédibiliser et minimiser le mouvement
d'occupation par la presse, laisser pourrir le mouvement, recourir à la milice pour
évincer les occupantEs à coups de matraques, et ainsi intimider, déstabiliser et
choquer un certains nombre de personnes. Il ne faut donc pas perdre de vue une chose : le
nombre et la détermination des participantEs peut remettre en cause toute une action bien
préparée et mise en place. L'expérience a aussi prouvé qu'une trentaine de personnes
pouvaient tenir des locaux publics ou privés durant plusieurs jours (lors du mouvement
des chômeurEs en janvier 98, ou lors de diverses grèves en entreprises)). Dans un autre
registre, 14 guérilleros péruviens du MRTA ont retenus en otages près de 400 hommes
d'affaires et politiciens lors de la prise de l'Ambassade du Japon à Lima de décembre 96
à avril 97.
Quelques points essentiels à ne pas négliger pour mener à bien une occupation :
- Les Assemblées Générales sont souveraines, chacun peut y participer librement.
Préférer, autant que possible, le consensus plutôt que le vote.
- Les infiltrations par les RG, flics en civils ou balances, et les délations de collabos
sont inévitables. Essayez d'identifier (avec certitude) la flicaille. N'excluez personne
et ne sombrez pas dans la paranoïa.
- Les actions et opérations d'occupation sont décidées lors des AG,
- La préparation des actions est effectuée par un comité restreint de 3-5 volontairEs
(maximum) et approuvés par l'AG, qui en aura tracé les grandes lignes au préalable.
- Un repérage préalable des lieux à occuper (extérieur et intérieur si possible) est
nécessaire.
- Faire attention aux caméras de surveillance, et aussi à celles de la TV, aux jounaleux
photographes... dont les clichés atterrissent parfois dans les archives de la police.
- Lors de l'occupation d'une entreprise publique ou privée, pour détendre l'atmosphère
de "classe", établir des contacts (même discrets) avec les salariéEs les
moins zélés, et éviter les cadres, les patrons et les petits chefs - Recycler utile :
pratiquer intensivement le détournement et le sabotage (WC d'un McDollars bouché par du
ciment à prise rapide, ordinateurs reformatés et contaminés par des virus, utilisation
des photocopieuses jusqu'à leur agonie, etc, lors du mouvement des chômeurs en 98).
- Il faut toujours penser à l'arrivée de la police et en informer la presse, qui doit,
si possible, être présente au moment
de l'évacuation, généralement inévitable.
- Lorsqu'un huissier vient vous signifier votre assignation en référé, ne donnez aucun
nom ni papiers d'identification, sinon ceux de Jacques Chirac, Bruno Mégret, ou Alain
Madelin, ou n'importe qui d'autre. Vous pourrez gagner du temps, mais pas empêcher
l'intervention des forces de l'ordre.
- Si l'occupation se prolonge, le fonctionnement de l'endroit réquisitionné deviendra
uniquement autogestionnaire, sinon un petit groupe risque d'en prendre le contrôle.
- mais surtout, il ne faut jamais oublier que quitter les lieux discrètement et
soudainement pour réapparaître dans d'autres endroits inattendus sur de brèves
périodes, peut également déstabiliser les forces répressives, et s'avérer moins
pénible que des occupations longues.